Anjou, méthaniseur et conséquences

Un collectif pour la méthanisation raisonnée nous donne de précieuses indications sur les conséquences possibles de ces installations nouvelles; réclamées par la PPE d’avril dernier. A méditer !

https://www.20minutes.fr/planete/2435307-20190128-methanisation-collectif-alerte-derives-filiere-francaise-plein-essor

  • Valoriser des déchets, produire une énergie renouvelable, diminuer l’utilisation d’engrais de synthèse, améliorer le revenu des agriculteurs… Voilà toutes les promesses de la méthanisation…
  • Mais alors que la filière prend son essor en France, des voix -de scientifiques, de riverains ou encore d’agriculteurs- s’élèvent pour pointer les dérives d’une méthanisation menée à allure forcée.
  • Au-delà des potentielles nuisances locales, celles des mauvaises odeurs notamment, l’autre écueil à éviter est l’accaparement des terres pour produire de l’énergie au détriment de l’alimentation.

Petit un, on valorise des déchets organiques. Ceux que produisent une exploitation agricole (lisier, fumier, déchets de cultures), une station d’épuration, une usine agroalimentaire. Petit deux, on produit du biométhane, un gaz non-fossile, injectable directement dans le réseau ou brûlé pour produire de l’électricité et de la chaleur. Petit trois, on récupère en fin de processus des résidus de matières organiques, appelés digestat, qui servent d’engrais. Sur le papier, la méthanisation* est la promesse de faire d’une pierre trois coups. Quatre même en ajoutant la possibilité pour l’agriculteur d’accroître ses revenus en vendant du gaz et en réduisant ses achats d’engrais.

Le nombre de méthaniseurs grimpe en flèche

En mars 2013, en pleine crise agricole, Stéphane Le Foll, alors ministre de l’Agriculture, fixait le cap de 1.000 méthaniseurs en France en 2020. Une première marche vers l’objectif plus lointain de porter à 10 % en 2030 la part du gaz issue de la méthanisation dans la consommation globale de gaz du pays et même 30 % en 2050.

Au dernier comptage, en juin dernier, la France comptait 646 installations. Trop juste pour atteindre les 1.000 d’ici un an. Mais l’actuel gouvernement a repris le flambeau, annonçant une série de mesures pour développer la filière en mars dernier. Dans ce contexte, « le nombre de méthaniseurs grimpe en flèche ces dernières années, observe Olivier Dauger, agriculteur et président de l ’association France gaz renouvelables. Rien que dans les Hauts-de-France, ma région, il y a actuellement entre 150 et 180 dossiers en cours d’instruction. »

Un essor que constatent aussi Daniel Chateigner, professeur de physique à l’université de Caen et Anne Danjou, présidente de « Bien vivre en Anjou ». Mais eux s’en inquiètent et ne manqueront pas de le dire ce lundi, au ministère de la Transition écologique en tant que représentants de collectifs appelant à une méthanisation raisonnée. « Nous ne sommes pas contre la méthanisation mais ses dérives », glissent-ils.

« Mauvaises odeurs et pollution… »

Anne Danjou pointe déjà le ballet des camions chargés de déchets organiques qui viennent alimenter les grosses unités de méthanisation. « Celles qui n’ont pas assez des déchets produits alentour pour fonctionner mais doivent aller les chercher parfois à des centaines de kilomètres de là », précise-t-elle. Une grosse installation de méthanisation (unité industrielle) nécessite le passage de dix camions par jour travaillé, évalue l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie). Autre grief : les odeurs pestilentielles que dégagent les unités de méthanisation mal maîtrisées. « Ma maison s’est retrouvée à 400 mètres d’une fosse de 1.000 m² où a longtemps été stocké le digestat liquide, à l’air libre, d’un gros méthaniseur de la région, illustre Anne Danjou. Cela sentait un mélange d’œuf pourri et d’urinoir chargé à ras bord. » Un désagrément décrit aussi par des riverains de méthaniseurs à Onet-l’Eglise en Aveyron, à Hagtemeau dans les Landes, à Feux dans le Cher…

Ces mauvaises odeurs sont une gêne en soi. « Elles sont aussi le signe que des gaz s’échappent de ces installations, complète Daniel Chateigner. Le principe de la méthanisation est de transformer des déchets organiques en biogaz, composé essentiellement de méthane. Mais le processus génère d’autres gaz, comme le sulfure d’hydrogène (H2S). Il est non seulement toxique mais aussi très corrosif. A force, il peut percer les tubulures d’un méthaniseur et provoquer des fuites de méthane, un gaz à effet de serre 25 fois plus puissant que le C02. »

Ne pas jouer sur les peurs ?

Un autre débat concerne la qualité du digestat destiné à être épandu sur les terres agricoles pour favoriser la croissance des plantes cultivées, en remplacement des engrais minéraux. « Ce digestat est à 80 % liquide, reprend Daniel Chateigner. C’est de l’azote ammoniacal (NH4+) qui a l’inconvénient d’être très sensible au ruissellement. Dès qu’il pleut, il s’en va, avec le risque d’appauvrir les sols et de polluer les eaux. » L’épandage de digestat pose particulièrement question dans le Lot, où il est peu adapté aux sols karstiques, typiques de la région.